I- L'affaire Calas

a. les faits.

La famille Calas est une famille huguenote de commerçants honorables, dont le patriarche est Jean Calas. Il épouse Anne-Rose Cabibel en 1731, qui est protestante elle aussi. De cette union naîtra quatre fils ; Marc-Antoine, Pierre, Louis et Donat, et deux filles ; Anne et Anne-Rose. 

Le soir du 13 octobre 1761, la famille reçoit a dîner un ami, Gaubert Lavaysse. A la fin de la soirée, Pierre, en raccompagnant l'invité a la porte, découvre au rez de chaussée son frère Marc-Antoine pendu. A cause des cris de la famille, la foule se rassemble devant cette maison située au 50 rue des Filatiers, a Toulouse. Arrivent ensuite la police et les journalistes. La foule, surexcitée, cherche a comprendre comment est mort ce garçon. Selon certaines rumeurs, une voix cria "Marc-Antoine a été tué par ses parents huguenots pour s’être converti au catholicisme . Et cette voix anonyme sortie de la foule hystérique, cette abominable accusation fût l’arrêt de mort des Calas. Cette idée est parvenue aux oreilles du capitoul David de Beaudrige (qui était chargé de cette affaire), et il la fit sienne. Sans la moindre preuve, il vit des coupables où i n'y avait même pas de prévenus. Et, sans enquête, sans instruction, avant même d'avoir reconnu les lieux, sans mandat, il fit appréhender et incarcérer toutes les personnes qui étaient dans la maison ce soir-là.  

A la levée du corps, les enquêteurs ne prêtèrent pas attention aux cheveux peignés de la victime, ni a ses habits pliés, qui sont pourtant des preuves d'une mort volontaire.
L'autopsie du corps de Marc-Antoine, faite par Jean-Pierre Lamarque, un maître en chirurgie, est bâclée. Il méconnaît les signes apparents de la pendaison qui sont les sillons de la strangulation. Lamarque ouvre le corps, et la seule chose anormale remarquée sur la totalité de l'autopsie est le fait que la victime ait mangé de la viande coriace trois ou quatre heures avant sa mort. 

Le père de la victime, Jean Calas, est arrêté et incriminé. Son avocat lui fait dire qu'il a décroché le cadavre de son fils pendu pour cacher l'infamie du suicide. L'hypothèse de la justice est donc que, redoutant que son fils abjure sa foi pour passer au catholicisme, Calas l'aurait tué avant de maquiller le meurtre en suicide. 

b. les conséquences.

Le suicide étant extrêmement mal vu a l'époque, et les suicidés subissant des obsèques honteuses, Jean Calas décide de le maquiller en meurtre et demande aux autres témoins de le suivre dans son mensonge. Il cache donc certaines circonstances de la mort de son fils et affirme aux autorités qu'il l'a trouvé étranglé. On constate que Jean Calas s'est incriminé lui même, même s'il n'en était pas conscient, pour conserver l'honneur et la fierté de sa famille, mais surtout de son défunt fils. 

Le Parlement de Toulouse saisit l'affaire, plus précisément le capitoul David de Beaudrige, qui est le magistrat de la ville de Toulouse.
Le procès débute , le capitoul fait interroger le voisinage. Les voisins affirment que Marc-Antoine voulait se convertir au catholicisme mais que son père s'y opposait. A cause de la violence des tortures qu'il subit, Jean Calas avoue puis se rétracte ensuite.

Les accusés finissent par avouer avoir trouvé Marc-Antoine pendu puis d'avoir maquillé le suicide en meurtre et d'avoir menti aux enquêteurs.
le 24 janvier 176, l'intendant du Languedoc reçoit une lettre du subdélégué de Toulouse, où il lui fait part de la mauvaise volonté de Jean Calas à subvenir aux besoins de son fils Louis, ne vivant plus sous le toit familial et s'étant converti au catholicisme en 1756. Au vu de ces éléments, la populace et le clergé toulousain réclament un châtiment exemplaire pour cette famille accusée d'un crime atroce : avoir assassiné leur fils qui voulait se convertir au catholicisme. Tous réclament le châtiment infligé aux hérétiques. Aucune enquête n'est menée pour vérifier si Marc-Antoine avait vraiment l'intention de se convertir. Il est donc déclaré martyr et, dans la pure tradition catholique, son cercueil est escorté par 40 prêtres, au milieu d'une foule immense. 
Le 18 novembre 1761, les capitouls affirment la culpabilité de Jean, Anne-Rose et Pierre Calas, Jeanne Viguière (la servante) et Gaubert Lavaysse (l'ami invité le soir du drame).
Ils sont tous soumis a la torture, et font ensuite appel devant le parquet de Toulouse.
Le 9 mars 1762, les juges condamnent Jean Calas a la peine capitale à 8 voix contre 5.

Le lendemain, il meurt roué, place St. Georges, en proclamant son innocence. Son corps est brûlé sur un bûcher et les cendres sont jetées au vent.
Le 18 mars 1762, Pierre est banni, sa mère, Lavaysse et Jeanne Viguière sont acquittés, et les deux filles Calas sont enfermées dans un couvent. Pour finir, les biens de la famille sont confisqués.

Dans ce même mois de mars 1762, Voltaire est informé de l'affaire par un marchand marseillais nommé Dominique Audibert.
Voltaire réussit a réhabiliter la famille Calas, en partie grâce a son roman "L'affaire Calas ; traité sur la tolérance". En triomphant de cette horrible injustice, il s'est fait un titre d'honneur incomparable. Tout les hommes qui vécurent après la réhabilitation de Calas sont, en quelque sorte, redevables a Voltaire d'une justice meilleure, plus lucide et plus humaine. 

L'affaire Calas a également inspiré des oeuvres littéraires et cinématographies telles que "L'affaire Calas" de José Cubero (1993) ; "Calas innocent : les preuves par la science" de Michel Porret, article paru dans L'Histoire n°323 (2007) ; "Voltaire et l'affaire Calas" film de Francis Reusser (extrait : http://www.youtube.com/watch?v=8LTbwh1CVdk)  ; "C'est la faute a Voltaire. Une imposture intellectuelle ?" de Benoit Garrot et très récemment "Demoiselles des Lumières, filles de Voltaire" d'Annie Jay (2012). Ce dernier est un roman jeunesse, ce qui montre que l'affaire Calas a eu un véritable impact sur la société, pour qu'on l'évoque dans les romans d'adolescents. 

c. le dénouement.

Accusé a tort d'avoir assassiné son fils pour en empêcher l'apostasie, le protestant Jean Calas est exécuté en 1762. 
Le 4 juin 1764, le conseil du Roi casse enfin les jugements prononcés contre les Calas.
Voltaire se saisit de l'affaire et parvient a faire réhabiliter Jean Calas. Le 9 mars 1765, le Parlement de Paris réhabilite donc Jean Calas et restitue ses biens a sa famille. Le Roi Louis XV lui même ajoute un don personnel de 30 000 livres. 
La victoire de Voltaire est considéré comme une grande victoire de l'intellectuel contre l'arbitraire. En revanche, elle a fait oublié le rôle joué, dans le dénouement de cette affaire, par le précurseur de la médecine judiciaire qui a réussi a prouver l'impossibilité médico-légale du crime. 

        

 

 
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